L'Asie est un des six continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie. Avec 43 810 582 km2 de terres et 4,3 milliards d'habitants, l'Asie est le plus grand continent (8,6 % de la surface totale terrestre ou 29,4 % des terres émergées) et le plus peuplé (environ 60 % de la population mondiale). L'Asie est plus un concept culturel qu'une entité physique homogène.

Source: Wikipédia

 

 

ASIE

Inspiration

La fille oiseau

Il y a bien longtemps vivait un vieux couple solitaire en bordure d’un marécage. Il était laborieux, mais pauvre. Un jour, l’homme partit récolter des plantes des marais que sa femme cuisinait pour les repas. Comme il revenait chez lui, il entendit un cri aigu et des bruits de lutte. Écartant les hautes herbes qui bordaient le chemin, il s’avança prudemment dans le marais. Les sons - de claquements, des battements et sorte de ronronnement - venaient de plus loin. La curiosité l’emportant sur la peur, il continua à marcher et finit par apercevoir sur le sol devant lui une grande grue blanche dont la patte était prise dans un piège et qui se débattait désespérément pour essayer de s’échapper. Son bec s’ouvrait et se fermait avec des claquements. Ses yeux grand ouverts exprimaient douleur et frayeur. Ses ailes était tachées de boue. L’homme n’avait jamais vu une créature sauvage manifester un tel désespoir, et son cœur s’émut de pitié. Il s’approcha de l’oiseau avec des paroles rassurantes. La grue comprit qu’il ne lui voulait pas de mal, et elle se calma. L’homme, évitant tout geste brusque, s’approcha, se pencha vers le piège, libéra la patte de la grue et se recula. La grue se redressa, fit jouer sa patte blessée et, sans bouger, fixa l’homme. Puis elle ouvrit les ailes, en battit l’air un fois, deux fois, s’arracha au sol boueux et s’envola. L’homme resta à regarder le grand oiseau blanc s’éloigner dans le ciel. Sa beauté lui arracha des larmes. «Je dois bien observer et retenir tous les détails de cette aventure, se dit-il, pour que je puisse les rapporter exactement à ma femme et celle-ci jouisse de ce spectacle avec moi.»

- Tu as mis bien longtemps, lui dit sa femme quand il revient. Je commençais à me faire du souci. Tout s’est bien passé?

- Tout s’est bien passé on ne peut mieux, ma chère épouse. Il m’est arrivé une curieuse aventure et j’ai été témoin d’un bien beau spectacle. Laisse-moi seulement retirer mes sandales et m’asseoir, et je te raconterai tout. Il lui dit sa découverte d’une grue prise au piège, la frayeur et la souffrance de l’oiseau, la grande joie qu’il avait éprouvée en le regardant partir.

- Mon cher époux, je suis ravie que tu aies pu aider cette créature sauvage. C’est un merveilleux spectacle que de voir une grue quitter le sol boueux pour s’élancer vers le ciel.

- C’en était un, tu sais. Je te l’ai raconté de mon mieux, car tu aurais aimé y assister, et j’étais très désireux de te le faire partager. Elle remercia son mari et fit cuire les plantes qu’il avait rapportées. Ils mangèrent leur riz, burent leur thé. Quand il se fit tard et que la lune se leva dans l’obscurité pour traverser le ciel nocturne, ils laissèrent le feu s’éteindre et s’endormirent.

Le matin suivant ils entendirent frapper à la porte. La femme ouvrit et vit une jeune fille.

- Je me suis égarée, dit-elle. Pourrais-je entrer?

- Bien sûr ! Entre donc, mon enfant, dit la vieille femme. Tu prendras bien une tasse de thé. Assieds-toi!

La fille entra. Elle était seule au monde, raconta-t-elle, et, après avoir bu le thé et mangé le riz que le vieux couple lui avait servis, elle avoua :

- Je voudrais bien rester ici avec vous. je suis travailleuse. J’en ai assez de vivre seule. Vous êtes très gentils. Permettez-moi de demeurer avec vous.

Le vieux couple avait toujours désiré avoir une fille, aussi furent-ils d’accord.

- Merci, reprit la fille. Je pense que vous ne le regretterez pas.

Elle promena des yeux curieux autour d’elle. Son visage s’éclaira:

- Je vois que vous avez un métier à tisser. M’autoriseriez-vous à m’en servir de temps en temps?

- Fille, répondit la femme, tout ce que nous possédons est à toi. Bien sûr tu peux utiliser le métier à tisser.

- Seulement, ajouta la fille, je suis très timide quand je travaille. Je vous en prie, mère, je vous en prie, père, ne regardez pas ce qui se passe dans la pièce tant que je suis à mon ouvrage. Pouvez-vous me le promettre?

- Il en sera fait selon ton désir, enfant.

Le jour d’après, leur nouvelle fille leur dit qu’elle voulait aller tisser. Elle ferma la porte de la pièce, et ses parent s’abstinrent d’y pénétrer le temps qu’elle y travailla. Toute la journée le vieux couple entendit la navette claquer et ronfler, les bobines de fil tourner.

Au coucher du soleil, la tisseuse émergea, pâle et épuisée. Mais elle tenait dans les mains la plus belle étoffe que le vieux couple ait jamais vue. Le dessin était parfait, les couleurs lumineuses. Le tissu représentait des vues du marais, le soleil et le vol élégant des grues.

 

- Mère, père, emportez ce tissu au marché et vendez-le. Avec l’argent que vous recevrez, votre existence deviendra plus facile. Je veux faire cela pour vous.

Les vieux étaient stupéfaits du talent de leur fille. Le lendemain, l’homme emporta l’étoffe à la ville. Aussitôt les acheteurs se disputèrent le tissu, qui fut finalement vendu pour trois ry d’or, une somme inouïe. Ce soir-là, grâce à une toute petite partie partie de l’or obtenu,les vieux et leur fille revêtirent des kimonos neufs et firent un repas plantureux. Ils vécurent ainsi dans l’aisance pendant plusieurs mois, jusqu’à ce que tout l’argent fût dépensé. Alors, la fille retourna au métier à tisser, ferma la porte et se mit à l’ouvrage. Clac, clac, clac, rrron-rrron-rrron. Des heures plus tard, elle ressortit, pâle et lasse. Elle tenait dans ses bras une étoffe luisant comme l’argent, qui représentait la lune et les étoiles, avec des reflets de soleil et de lune qui dansaient sur les eaux. Le vieux couple demeura pétrifié à la vue d’un ouvrage d’une si extraordinaire beauté.

La fille leur dit, cette fois encore:

- Mère, père, ne gardez pas ce tissu. Je peux en faire d’autres. Allez le vendre et utilisez l’argent pour assurer vos vieux jours. Le vieux repartit donc pour la ville. Les commerçants, émerveillés, firent des propositions plus avantageuses les unes que les autres, et l’étoffe fut finalement vendue pour six ry d’or.

La famille connut une existence heureuse pendant de nombreux mois, mais le jour vint où il ne resta rien de l’argent reçu. La jeune fille se remit au métier à tisser. Mais sa mère et son père n’y tenaient plus de curiosité. Pourquoi ne pouvaient-ils jeter au moins un coup d’oeil dans la pièce ? Ils décidèrent de regarder en cachette par une fente du mur. Si leur fille ne les voyait pas, réfléchirent-ils, elle ne se sentirait pas gênée.

Clac, clac, clac, rrron-rrron-rrron. L’homme et la femme s’approchèrent du mur à pas feutrés, s’agenouillèrent et glissèrent leur regard par une mince fente du mur de papier. Ils virent devant le métier une grue blanche qui, de son bec, arrachait des plumes de sa poitrine et de ses ailes pour les tisser. La grue se tourna vers la fente et jeta un regard désolé de son grand œil noir. L’homme et sa femmes culbutèrent en arrière, mais il était trop tard. Ils étaient découverts.

Plus tard, quand la porte de la pièce se rouvrit, leur fille en surgit, pâle et épuisée, portant une pièce de tissu étincelante. On y voyait le coucher du soleil, le lever de la lune, les arbres d’automne, la longue migration des grues. Y figuraient également un homme et une femme qui regardaient une grue en train de s’éloigner.

- Père, mère, leur dit-elle, je comptais rester toujours avec vous. Mais vous m’avez vu sous mon véritable aspect. Je suis la grue prise au piège que tu as sauvée, père. Je voulais vous récompenser de votre bonté. Je ne vous oublierai jamais, mais maintenant que vous savez la vérité, je ne peux demeurer davantage avec vous.

L’homme et la femme éclatèrent en sanglots, suppliant la jeune de rester.

- Nous t’aimons, ne nous laisse pas. Peu nous importe que tu sois un oiseau. Tu es notre fille. Nous ne le dirons à personne.

- Trop tard, murmura la fille. Les marais m’appellent. Le ciel m’appelle. Le vent dans les arbre prononce mon nom. Je dois leur obéir. C’est peut-être mieux ainsi. J’ai payé ma dette. Je ne vous oublierai jamais. Adieu!

Elle sortit de la cabane et s’arrêta. L’homme et la femme, admiratifs, virent leur belle fille pâle se transformer en une splendide grue blanche qui battit des ailes une fois, deux fois, trois fois, s’éleva lentement au-dessus du sol, décrivit un cercle et s’éloigna.

- Adieu, dirent l’homme et la femme en voyant la grue disparaître au-dessus du marais. Nous te regretterons, fille, mais nous sommes heureux que tu sois libre.

Par la suite, à chaque passage des grues, le vieux couple plaçait devant sa porte une assiette d’argent pleine de grains. Et chaque année, une belle grue venait picorer les grains. Telle est la fin de l’histoire.